mercredi 24 juillet 2013

Un autre état d'esprit


Bill Janovitz - Walt Whitman Mall [sans label, 2013]


Avec Long Island, ça commence par un coup de poing power pop comme on aurait pu l'encaisser sur un album de Buffalo Tom. Bill Janovitz, toujours vocalement chaleureux et de plus en plus en nuance de ce côté-là, est très inspiré sur les chansons de ce disque qui parlent toutes de lieux précis comme sa ville natale de Huntington, de Long Island, de New York ou d'endroits du Massachussetts (rappelons que c'est à Boston que se sont formés Buffalo Tom). On notera malgré tout que dès que notre gringo cogne sur les fûts lui-même, ce qui n'est pas tout le temps le cas, le jeu un peu plat ne sert pas les chansons comme elles le mériteraient.

Bill Janovitz parle de l'album ici: http://billjanovitz.com/blog/?page_id=643  

Si vous cherchez une baraque, il est aussi agent immobilier à Boston et fait preuve d'un goût certain en architecture.

Surfer Blood – Pythons [Sire, Warner, Kanine, 2013]

Il y avait de ces rythmes tropicaux à la mode de notre temps sur leur premier album. J’étais en train de m’y faire et même d’aimer ça, ouais. Le groupe ne m’a pas consulté et a donc décidé que c'en était terminé de ces touches exotiques en cadence et qu'il était temps d'aller réveiller Gil Norton pour se mettre à rocker un peu plus sérieusement. C’est bien relatif, car la dose de pop a encore une fois été versée en très très grande quantité dans le mélange. Sans vouloir émettre là une critique, la guimauve mollassonne de la voix du chanteur ne s’est pas évanouie naturellement malgré ses tentatives de révolte (il crie). C’est peine perdue que de vouloir enlever une patate quand on l’a bien coincée dans les bajoues, et encore une fois, ce n'est pas pour pointer du doigt un lourd défaut, ce sont de bonnes patates pour de belles bajoues qui donnent de la personnalité à l'ensemble. L’enregistrement est en tous cas plus droit et certains morceaux sont moins désinvoltes que sur le premier album. Le bémol étant qu’ils sont loin d’être les premiers à faire de la power pop bien carrée et que les bonnes intentions des groupes qui pululent ne suffisent pas à faire de bons albums. De fait, même si c'est dans cette catégorie que se trouvent mes disques favoris, j'y ai trempé d’abord un orteil de façon à pouvoir le retirer rapidement en cas d’arnaque. Faut-il souffler d'épuisement face aux références aux Pixies? Pas tout de suite, jeune voyageur, rassieds-toi, merde, c’est quoi cette éducation? S’ils sont à des années-lumière de dégager l’énergie des Pixies ou des premiers Weezer, ce n’est pas en leur défaveur, leur rayon étant bien plus pop et leur sensibilité souvent new wave. Ils confirment ici l'impression de détenir une singularité qui, je pense, leur donne la capacité de se dégager de l’image du groupe surf/pop qui prend toutes ses photos sur instagram. Leurs compositions tiennent la route, le chanteur sort du lot mais ne peut pas plaire à tout le monde, leur jeu simple et concis est reconnaissable. Ca prend belle tournure cette histoire. Prochaine étape qui n'étonnerait personne: un album produit par Ric Ocasek. L'EP paru entre les 2 albums convient mieux au format pop de leurs chansons qui étaient d’ailleurs meilleures sur ce format court. Je ne parle pas des faits divers dans lesquels le chanteur est impliqué, vous irez chercher vous-même pour vous faire une idée. J'en ai moi-même rien à foutre mais après avoir vu ce type un peu fadasse en concert en 2010, c'est presque une façon de montrer qu'il est vivant. Il pourrait le montrer d'une autre manière.

Mastervoice – Instrument-Transition (Some Produkt, Kicking Records, Smalltones, 2012)

« A Périgueux, j’ai l’impression que ça les soulage quand je joue » m’a dit l’autre fois Billy The Kill avant un concert. C’est un bled où à 1 heure du mat’, les types peuvent t’expliquer de long en large et en mettant la main sur le cœur combien les Pixies ont été importants pour eux. Mastervoice viennent justement de cette petite ville et on ressent dans leur musique cette passion sans faille et cette honnêteté vis-à-vis de leurs influences. Ils déploient un jeu hyper tendu -c'est sec mes amis, c'est sec!- et en ayant dit ça on est obligé de préciser, même si ça ne défie pas les lois de l’originalité, que c’est Bob Weston qui s’est occupé de mastériser à Chicago ce disque enregistré au Black Box Studio d’Angers. Cela permet en revanche de situer le son que le duo cherche à produire. Même si certains le leur reprochent, Mastervoice tire son épingle du jeu en associant à une musique noise une voix penchant sur l’emo. Les instrus rentrent dans le lard pendant que la voix est empreinte de mélancolie de sorte qu’on se sent à moitié bien, mais bien quand même. Derrière le côté percutant de la musique elle-même, quelques plans qui ne sont pas dus à la voix soulignent encore cette mélancolie et (par pointes sur le génial "A few degrees of loneliness" ou sur "Ink Blood") ces ambiances me font dire qu’ils ont dû écouter Riddle Of Steel de temps en temps, à la fraîche. A La Rochelle en juin, je suis rentré au moment où ils jouaient leur dernier morceau, un instrumental étiré qui monte en puissance. Il devait s'agir d'Instrument, l'avant-dernier morceau de ce disque. J'ai pensé à Codeine qui aurait tendu leur arc. Ca rigolait pas. Sur l’EP, dès que le chant emo est en place, on se situe dans un autre registre qu’on pourrait rapprocher de celui de groupes comme Bluetip malgré des différences fondamentales dans le jeu, les points communs étant apportés par la voix qui donne une certaine féminité à l’ensemble (c’est comme ça que je le ressens, chez Led Zep aussi vous me direz) et par la tension générale qui emporte les morceaux. 
Ah oui, c’est un duo basse/batterie.


Rubrique nécro:

Storm Thorgerson est mort 14 jours après avoir lu ce que j'ai écrit sur la pochette de The Mollusk.

Une rétrospective des pochettes qu'on lui doit est visible sur ce site, pour le meilleur et pour le pire: 
http://www.hipgnosiscovers.com/

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