samedi 30 janvier 2016

MATTHEW CAWS, Metronum, 30 janvier 2015

Il y a pile un an, avant d’aller enregistrer le prochain album de Nada Surf avec ses deux acolytes habituels, Matthew Caws a profité du temps libre dont il disposait pour bricoler une petite tournée en France, accompagné simplement de sa guitare (et de son ordinateur portable qui lui a servi pour jouer certaines intros atmosphériques). Son passage à Toulouse a eu lieu fin janvier. C’était quelques semaines après les attentats. Je suis clairement allé à ce concert pour me changer les idées et me plonger dans des choses que je connaissais. 

Depuis 2005, j’ai vu jouer Nada Surf, pfff quoi ? bien 3 ou 4 fois, chaque fois au Bikini. La première fois était sans doute mon premier concert au Bikini qui venait juste de rouvrir après la longue fermeture à cause de l’explosion d’AZF (raté: c'était à la salle des fêtes de Ramonville).
 Je ne me rappelle pas avec qui j’y suis allé. Ca m’étonne d’y être allé seul parce que vers 2004/2005 ça me serait pas venu à l’idée d’aller voir un groupe en cow boy solitaire. C’est comme ça que j’ai raté Serafin en ouverture de Frank Black. Je sais pas ce qui m’avait décidé d’aller voir Nada Surf parce que j’avais un pote rabat-joie qui ne jurait que par eux et Girls in Hawaii. Et bon, voilà, j'écoutais aussi d'autres choses. Mon admiration pour Nada Surf est venue progressivement. Quand est-ce que je les ai entendus la première fois? Certainement à la période Let GoInside of love passait continuellement à la radio. J’avais aussi The way you wear your head sur une compile. J’ai eu du mal à réécouter Let Go pendant un bon bout de temps pour des raisons de nostalgie aigüe. Paradoxalement, c’est indéniablement un grand album et je me le repasse avec plaisir nowadays. Ensuite, c’est à la biblio que j’arrêtais pas de cambrioler à cette époque, que j’ai remonté le temps. J’aimais les deux premiers, mais je passais pas mon temps avec. J’ai beaucoup aimé The Weight is a gift is a gift quand il est sorti. J’avais l’impression d’être le seul. Aujourd’hui, j’apprends que c’est le deuxième album préféré de Matthew Caws.
 
En décembre, il a répondu à une interview où il cause de toute la disco de Nada Surf. C'est  (Il se pose la question intéressante de savoir ce qu'il se serait passé s'il avait interpellé le grand Mitch Easter rencontré dans un train au lieu d'enregistrer le premier album avec Ric Ocasek). L'album suivant, je n’ai jamais réellement écouté que See These Bones. Je sens que je rate quelque chose. Et puis j’ai vachement aimé le dernier, produit par Chris Shaw qui est une bombe power pop où Doug Gillard, auteur du riff GENIALISSIMESQUE d'I am a Tree de Guided By Voices, amène quelques guitares de son cru. 

Ces quelques concerts étalés sur quelques années ont également été l’occasion de découvrir des premières parties qui valent le coup, la grande timbale étant remportée par John Vanderslice que j’écoute toujours aujourd’hui. Un concert de Nada Surf, c’est toujours bien. L’apport de Doug Gillard est un plus mais ce n’était pas moins bon avant qu’il arrive. Pour faire très court, je suis content de les voir à chaque coup, mais je ne peux pas m’empêcher de regretter qu’Ash ou les Posies ne soient pas aussi populaires pour pouvoir tourner chez nous, d’autant plus que Ken Stringfellow et Jon Auer habitent en France, j’y reviendrai et ça concerne aussi Matthew Caws. 

Cette fois, il jouait donc sans son groupe au Metronum, à Borderouge, qui, je précise pour les non-toulousains, est une salle relativement nouvelle qui se situe en banlieue. C’est une salle que j’aime bien parce que son architecture me donne l’impression d’aller en Espagne. Dans la cour intérieure, on a le ciel au-dessus de la tête et ça t’expédie dans un pays étranger en deux temps trois mouvements.

C’est en attendant dans cette même cour que j’ai vu arriver Matthew Caws, cheveux poivre et sel, bien sapé, air décontracté, saluant quelques personnes. Il n’était pas le seul à l’affiche de la soirée. Ca a commencé avec Totorro et puis ça s’est terminé par Laetitia Sheriff. Je n’ai pas vu jouer cette dernière donc je n’en dirai rien, cela va de soi. A propos de Totorro, jeune groupe rennais, j’ai aimé quelques passages, mais je fais une allergie aigüe aux rythmes tropicaux jouées par des guitares portées trop hautes, surtout sur du post-rock. Matthew Caws a joué dans une petite salle que je n’avais jamais remarquée, accolée à la grande salle principale. On était serrés comme des sardines, j’étais à 2m de la scène, mais j’ai dû me mettre sur la pointe des pieds. Il a été bavard entre les morceaux. On a vu quelqu’un de calme qui nous a parlé de son père et lu un texte que celui-ci a écrit. Il nous a également expliqué certaines chansons, par exemple la genèse de See these bones… qu’il a écrite à propos de reliques qu’il aurait vues à Rome mais je ne me rappelle pas précisément le point qu’il a voulu soulever. Il a évoqué le prochain album de Nada Surf. Une chanson de cet album, intitulée Believe you’re mine est sortie fin décembre et c’est d’ailleurs une chanson dans la veine de See These Bones, ballade mélancolique à la façon de 99% du répertoire de Death Cab for Cutie. Tout ça évoque pour moi la relative froideur du label Barsuk et le studio du Tiny Telephone de John Vanderslice situé à San Francisco où sont passés Death Cab, Spoon, Bob Mould, The Mountain Goats, entre autres, qui sont très différents les uns des autres mais desquels il émane des points communs évidents. 
On peut rajouter dans la même famille: The Long Winters, Harvey Danger, les Decemberists, A.C. Newman et une bonne dizaine d’autres qui chantent souvent un peu du nez, il faut bien le dire. Pareil, des groupes extrêmement différents, mais qui se font sans doute livrer le vin du même domaine. Je parle de ça parce que si on me posait la question, je répondrais du tac-au-tac qu’à mon avis, ces quelques groupes et ce son typique empreint de mélancolie, ont gravé esthétiquement les années 2000 et ils ont eu une influence non négligeable sur l’évolution de Nada Surf à partir de Let Go, d’où un John Vanderslice embarqué en tournée en 2005. 
Il est d’ailleurs marrant de voir interagir tout ce petit monde sur facebook à l’heure actuelle. On apprend des choses qu’il était impossible de connaître en 2001. Est-ce que c’est une bonne chose ou une mauvaise ? Va savoir. Pendant le concert, Matthew Caws a évidemment joué une majorité de chansons de Nada Surf mais aussi certaines chansons de Minor Alps, le duo qu’il forme avec Juliana Hatfield. Je n’avais entendu que le single de l’album de Minor Alps qui est sorti en 2012. Ca a donc été l’occasion de découvrir de très beaux titres de ce disque comme Maxon. Eliott Smith semble être une grande inspiration pour ce disque. D’ailleurs Juliana Hatfield a repris Needle in the hay sur un album où des artistes reprennent des chansons des B.O. de de Wes Anderson. 
J’étais avec une amie qui outre avoir été sur la Weezer Cruise, est une grande fan d’Elliot Smith et de Let Go. Elle a écrit une petite chronique de l’album de Minor Alps ici :

Comme je le disais, on était confinés dans la petite salle et ça a créé une atmosphère particulière. A la fin, le public s’est dégorgé vers la salle principale. Devant le stand de merchandising, Matthew Caws a discuté avec les personnes qui le désiraient et en petit comité, il a joué quelques chansons supplémentaires, dont le très demandé Killian’s Red. Je ne suis pas resté voir Laetitia Shériff. J’ai bu un verre de plus et je suis parti. Le vague à l’âme qui s’échappe de toutes ces chansons est déjà présent quand elles sont jouées par Nada Surf, mais il est multiplié par 1000 quand c’est un type tout seul avec une guitare acoustique. Pendant quelques semaines, j’ai essayé de retrouver ces mêmes teintes. Ca m’a occupé un certain temps. Et j’ai découvert Major Cooper. Matthew Caws, lui, a repris la route. Quelques jours plus tard il s’est arrêté chez Ken Stringfellow nouvellement installé à Tours. La suite au prochain épisode.

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